ECO-Zoning à Mont-Saint-Guibert

La sablière de Mont-Saint-Guibert, la plus grande de Belgique, s’étend désormais sur près de 95 hectares. Mais les ressources ne sont pas infinies et la production annuelle d’environ 850.000 tonnes de sable font que l'exploitation de ce site arrive bientôt à terme. Diverses pistes de reconversion ont été envisagées ces dernières années. Une de ces pistes semble particulièrement intéressante. Un groupe d'investisseurs souhaitent créer un parc d’activités économiques novateur au cœur de la sablière. Environnement et économie seraient liés. Le budget du projet s’élèverait à 350 millions €. Si la commune a tout de suite été favorable au projet, l’UCL et l’IBW ont d'abord été réticentes.

Si la commune de Mont-Saint-Guibert a tout de suite été favorable au projet et y a vu une réelle opportunité de reconvertir et de dynamiser ce site, l’Université catholique de Louvain et l’Intercommunale du Brabant wallon, deux acteurs de poids en Brabant wallon, ont été bien plus réticentes. Ces deux institutions co-gèrent le parc scientifique de Louvain-la-Neuve situé à un jet de pierre de la sablière. Il a donc fallu les convaincre de l’intérêt de créer de nouveaux espaces dédiés aux entreprises dans un environnement aussi proche. Sans parler du fait que l’IBW, l’une des trois entreprises présentes dans la sablière avec son centre de tri et de recyclage des déchets, a d'abord douté de la faisabilité d’une cohabitation entre des activités liées à l’extraction de sable (au sud de la sablière) et au traitement des déchets (Shanks et IBW) avec un projet qui se veut propre et exemplaire. D’autant que ce parc d’activités serait situé de part et d’autre du centre de tri.

Pour l’instant, le site de la sablière, de quelque 95 hectares exploités depuis quarante ans, en a pour un an de vie, mais songe déjà à son extension en direction de Corbais sur 47 ha. Il accueille déjà les installations de Shanks et le centre de tri des déchets de l’Intercommunale du Brabant wallon (IBW). Sur le plan urbanistique, la législation impose à l’exploitant de réaménager le site en zone agricole lorsque l’activité d’extraction de sable touche à sa fin. Un plan communal d'aménagement révisionnel devrait donc être lancé pour changer l’affectation du site.

On a appris début 2016 qu'après des années de négociations entre les autorités communales et le promoteur du projet RBRE Capital Europe, il semble que le projet devienne enfin réalité. La commune de Mont-Saint-Guibert devrait accueillir dans les années à venir un tout nouvel Eco Parc industriel sur le site de l’ancienne sablière. Soit sur une surface de quelque 95 hectares, mais dont 30 à 40 % de l’espace seront réservés à des espaces verts.

"Nous prévoyons une zone d’activités économiques tournées vers les sociétés écologistes", précise le CEO de RBRE Gabriel el Rhilani. Le "MSG industriel Eco Park" autoproduira son énergie. "Le but est que les entreprises qui s’installeront dans le parc consomment exclusivement cette énergie", continue le CEO qui entend faire de ce nouveau parc industriel un lieu d’innovation écologique. "On va utiliser cet espace pour tester de nouveaux concepts pour produire de l’énergie."

Aujourd’hui, c’est toujours la multinationale britannique Shanks qui exploite l’espace de l’ancienne sablière. Mais dès la fin de l’exploitation dans cette partie de la future ex-sablière, le propriétaire récupérera son bien foncier et il pourra le vendre à… RBRE Capital Europe qui voulait absolument s’installer à cet endroit.

Notamment parce que la situation de la commune guibertine est idéale. "Elle est proche de Namur, de Bruxelles et de Louvain-la-Neuve, détaille Gabriel el Rhilani. On va donc certainement pouvoir établir des collaborations entre le centre de recherche et de développement qui sera présent au sein de l’Eco Parc et l’UCL. Et puis on complète l’espace économique. Après l’UCL et l’Axis Parc, notre projet va s’intégrer parfaitement."

L’Eco Parc comportera aussi une zone avant-gardiste destinée aux très petites entreprises et aux PME. Le cœur du projet sera toutefois occupé par un parc à containers de Shanks et du centre de tri de l’Intercommunale du Brabant wallon, également déjà installé à cet endroit.

Enfin, il y aura un espace aménagé pour accueillir des bâtiments d’activités tertiaires. Le tout devant créer jusqu’à 3 000 emplois. Ce projet n’en est toutefois qu’à ses prémices. La première pierre ne sera pas posée avant au moins 4 ou 5 ans et le parc devrait être terminé d’ici 15 ans.

Le promoteur RBRE a conclu des accords avec les propriétaires privés pour le rachat des terrains. Des contacts ont également été pris avec la Région wallonne pour évoquer les problèmes de mobilité. Car ce n’est pas tout d’installer des entreprises, il faut encore permettre au personnel d’y accéder. Or le rond-point de la N4 et de la N25 ainsi que l’accès à l’autoroute sont déjà congestionnés aux heures de pointe aujourd’hui. La situation sera pire demain si rien n’est fait.

"La mobilité est effectivement un gros chantier, confirme Gabriel El Rhilani. Clairement, le rond-point ne peut pas rester en l’état. Avec les propriétaires, nous avons déjà discuté d’une requête de la Région wallonne pour exproprier une bande de terre qui permettrait la création d’un tunnel pour le trafic sur l’axe qui relie la N25 à l’autoroute. Donc ça bouge."

Pour Charles Vandendries, l’ingénieur du projet qui fut échevin à Mont-Saint-Guibert mais qui a décidé d’arrêter la politique pour se concentrer sur cet Eco Park, « plusieurs grandes sociétés spécialisées dans les technologies vertes se disent déjà intéressées par le projet ». Quant à l’architecte Ronald Rifflart, du bureau Syntaxe, il se passionne déjà sur les plans « qui risquent d’évoluer tout au long de l’élaboration du projet ». Il prévoit cependant déjà quatre zones, en plus de celle déjà occupée par Skanks et l’IBW : une zone mixte TPE et PME avec des panneaux photovoltaïques en toiture, une zone PME et industrie, une zone de recherche et développement avec un bâtiment circulaire autour des bassins d’eau actuels, et une zone d’activités tertiaires avec plusieurs bâtiments au toit verdurisé, dont un pourrait émerger du site afin de faire le lien avec les maisons de la rue des Trois Burettes. En attendant, les négociations vont devoir se tenir entre RBRE, la Région wallonne et la commune, qui doit lancer un nouveau Plan d’aménagement du territoire.